Faut-il une charte IA en entreprise ?
Mis à jour le · Par Mickaël David · MKVD Studio · Rédigé avec l'aide de Claude (IA), relu et validé par l'auteur
En 10 minutes
Pourquoi une charte, si rien ne l'impose ?
Parce que l'IA est déjà dans votre entreprise, que vous l'ayez décidé ou non. Sans règles écrites, chaque salarié décide seul de ce qu'il peut copier-coller dans un assistant IA. Or c'est l'entreprise qui reste responsable des données personnelles de ses clients et de ses salariés.
Une charte répond à quatre besoins à la fois :
- Protéger vos données : c'est le risque le plus concret, et il relève du RGPD.
- Montrer que vous agissez : l'AI Act demande aux entreprises de prendre des mesures pour développer la maîtrise de l'IA de leurs équipes. Une charte, accompagnée d'une courte formation, en est la preuve la plus simple.
- Suivre les recommandations de la CNIL, qui conseille de définir par écrit les usages autorisés et interdits de l'IA générative, et les données à ne pas fournir.
- Informer vos salariés : si vous prévoyez de contrôler l'usage des outils (par exemple via les journaux d'activité), le Code du travail impose de les en informer au préalable. La charte est le bon endroit pour le faire.
Ce que contient une bonne charte
Huit rubriques suffisent pour une TPE ou une PME :
- À qui elle s'applique : salariés, stagiaires, mais aussi prestataires et freelances qui travaillent pour vous.
- Les outils autorisés : la liste des outils validés, avec des comptes professionnels. Les comptes personnels sont à proscrire pour le travail.
- Comment faire valider un nouvel outil : à qui s'adresser, sous quel délai.
- Les données : ce qui peut entrer dans un outil IA, et ce qui ne doit jamais y entrer (voir la règle des trois couleurs ci-dessous).
- La vérification : l'IA se trompe et peut inventer des faits. Tout contenu produit par une IA est relu par un humain, qui en reste responsable.
- La transparence : quand faut-il signaler qu'un contenu ou un échange vient d'une IA (assistant sur votre site, images réalistes publiées…).
- Les usages interdits : prendre une décision sur une personne (recrutement, évaluation) sans contrôle humain, analyser les émotions des salariés, enregistrer une réunion sans prévenir les participants.
- Le référent IA et la mise à jour : qui répond aux questions, à qui signaler un incident (une donnée sensible envoyée par erreur, par exemple), et quand la charte est revue.
La règle des trois couleurs pour les données
C'est la partie la plus utile au quotidien. Elle doit tenir en un coup d'œil :
Vert, autorisé partout : informations publiques, textes sans nom ni chiffre confidentiel, idées générales.
Orange, uniquement dans les outils professionnels validés : documents internes, comptes rendus, données chiffrées de l'entreprise.
Rouge, jamais : données identifiables de clients ou de salariés, données de santé, informations bancaires, mots de passe, secrets d'affaires, contrats et documents juridiques confidentiels.
Adaptez cette liste à votre activité : une entreprise qui traite des données bancaires ou de santé aura une zone rouge beaucoup plus large.
Charte, règlement intérieur et sanctions
C'est la question qui revient le plus souvent : peut-on sanctionner un salarié qui ne respecte pas la charte ?
- À partir de 50 salariés, le règlement intérieur est obligatoire. Un document qui impose des obligations générales et permanentes en matière de discipline est considéré comme un ajout au règlement intérieur. Pour pouvoir être opposé aux salariés, il doit suivre la même procédure : avis du CSE, transmission à l'inspection du travail, publicité. Sans ces formalités, la Cour de cassation juge qu'on ne peut pas reprocher au salarié de ne pas l'avoir respecté.
- En dessous de 50 salariés, le règlement intérieur n'est pas obligatoire. La charte peut être diffusée comme une note de service. Faites-la signer par chaque salarié : la signature prouve que chacun en a pris connaissance.
Dans les deux cas, si vous envisagez des sanctions, faites valider la démarche par un avocat en droit social.
La mettre en place en deux semaines
- Faire l'inventaire des outils IA réellement utilisés, y compris sur des comptes personnels.
- Choisir les outils officiels et ouvrir des comptes professionnels.
- Adapter un modèle de charte à votre activité, surtout la règle des trois couleurs.
- La présenter en réunion, avec des exemples concrets tirés de vos métiers.
- La faire signer, et noter la date de diffusion.
- Fixer une date de révision : tous les six mois, ou à chaque nouvel outil.
Les erreurs à éviter
- Copier un modèle sans l'adapter : une charte générique ne répond pas aux vraies situations de vos équipes.
- Tout interdire : les salariés continuent d'utiliser l'IA, mais en cachette, sur leurs comptes personnels. C'est le pire scénario pour vos données.
- Oublier les prestataires et les freelances, qui manipulent souvent vos données.
- Ne jamais la mettre à jour : les outils changent tous les trois mois.
Ce que vous pouvez faire dès cette semaine
- Demander à chaque équipe quels outils d'IA elle utilise, sans jugement.
- Écrire votre propre règle des trois couleurs pour vos données.
- Désigner un référent IA, même à temps très partiel.
- Partir d'un modèle et l'adapter.
Sources
- CNIL, Les questions-réponses sur l'utilisation d'un système d'IA générative (juillet 2024)https://cnil.fr/fr/les-questions-reponses-de-la-cnil-sur-lutilisation-dun-systeme-dia-generative
- CNIL, IA : comment se mettre en conformité (fiches TPE et PME)https://cnil.fr/fr/ia-comment-se-mettre-en-conformite
- Code du travail, articles L. 1321-1 à L. 1321-6 (règlement intérieur)https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGIARTI000006901432/2026-08-05
- Cour de cassation, chambre sociale, 5 mai 2021, n° 19-25.699 (note de service ajoutée au règlement intérieur)
- Code du travail, article L. 1222-4 (information préalable des salariés)
- Commission européenne, Maîtrise de l'IA : questions-réponseshttps://digital-strategy.ec.europa.eu/fr/faqs/ai-literacy-questions-answers
Historique des mises à jour
- · Première publication
Cet article donne un premier éclairage et ne constitue pas un conseil juridique.
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Être rappeléQuestions fréquentes
- La charte IA est-elle obligatoire ?
- Non, aucun texte ne l'impose en tant que telle. Mais elle est recommandée par la CNIL, et elle constitue la preuve la plus simple des mesures que l'AI Act demande de prendre.
- Faut-il la faire signer par les salariés ?
- C'est recommandé. La signature prouve que chaque salarié en a pris connaissance. Dans une entreprise de 50 salariés et plus, elle ne remplace pas la procédure du règlement intérieur si la charte prévoit des obligations disciplinaires.
- La charte s'applique-t-elle aux freelances et prestataires ?
- Elle devrait. L'AI Act vise aussi les personnes qui utilisent l'IA pour le compte de l'entreprise. Pour un prestataire, prévoyez une clause dans son contrat qui renvoie à la charte.
- Quelle longueur pour une charte IA ?
- Une à deux pages pour l'essentiel, éventuellement complétées par une annexe listant les outils autorisés. Si elle n'est pas lue, elle ne protège personne.
- À quelle fréquence la mettre à jour ?
- Au moins tous les six mois, et à chaque fois qu'un nouvel outil est adopté ou qu'une règle change.
Lire aussi : AI Act : que doit faire une TPE ou une PME, concrètement ?