Trier des CV avec l'IA : ce qui change en décembre 2027
Mis à jour le · Par Mickaël David · MKVD Studio · Rédigé avec l'aide de Claude (IA), relu et validé par l'auteur
En 10 minutes
De quoi parle-t-on ?
L'annexe III de l'AI Act classe « à haut risque » les systèmes d'IA utilisés pour le recrutement ou la sélection :
- diffuser des offres d'emploi ciblées ;
- analyser et filtrer les candidatures ;
- évaluer les candidats.
Elle vise aussi les décisions sur la relation de travail : promotion, licenciement, répartition des tâches selon le comportement, suivi des performances.
Rédiger ou reformuler une offre d'emploi avec l'IA : pas concerné.
Faire résumer des CV par un assistant d'IA, puis les lire et décider vous-même : zone grise, à encadrer comme un usage à haut risque par prudence.
Un outil qui classe, note ou écarte automatiquement les candidatures : concerné à partir du 2 décembre 2027.
Ce qui s'applique déjà aujourd'hui
Le Code du travail
- Le candidat doit être informé, avant leur utilisation, des méthodes et techniques d'aide au recrutement utilisées à son égard (article L. 1221-8).
- Aucune information le concernant ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été porté à sa connaissance au préalable (article L. 1221-9).
- Les informations demandées doivent avoir un lien direct avec le poste (article L. 1221-6).
- Le principe de non-discrimination s'applique aussi aux outils : un algorithme qui écarte certains profils peut engager votre responsabilité (article L. 1132-1).
Le RGPD
- Une personne a le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé qui l'affecte de manière significative (article 22 ). Un refus de candidature en fait partie.
- En pratique : une personne doit toujours examiner le dossier avant d'écarter un candidat.
L'AI Act
- Depuis le 2 février 2025, il est interdit d'analyser les émotions des personnes sur le lieu de travail. Selon les lignes directrices de la Commission européenne, cela couvre aussi les candidats.
- Les outils d'entretien vidéo qui mesurent le stress, l'enthousiasme ou la sincérité d'un candidat à partir de son visage ou de sa voix sont donc à proscrire.
Ce qui change le 2 décembre 2027
L'employeur qui utilise un outil d'IA à haut risque devient « déployeur » au sens de l'AI Act. L'article 26 lui impose notamment de :
- Utiliser l'outil conformément à la notice de son fournisseur.
- Confier le contrôle humain à des personnes formées, compétentes et ayant l'autorité de corriger ou d'ignorer les résultats de l'outil.
- Veiller à ce que les données qu'il fournit à l'outil soient pertinentes pour le poste.
- Surveiller le fonctionnement de l'outil et signaler au fournisseur tout risque ou incident grave, en suspendant son usage si nécessaire.
- Conserver les journaux d'utilisation au moins six mois.
- Informer les représentants du personnel et les salariés concernés avant de mettre l'outil en service.
- Informer les candidats qu'un système d'IA à haut risque est utilisé pour les décisions qui les concernent.
- S'appuyer sur la documentation du fournisseur pour réaliser l'analyse d'impact relative à la protection des données exigée par le RGPD.
Les candidats écartés pourront aussi demander une explication claire du rôle joué par l'IA dans la décision (article 86).
Les obligations les plus lourdes (conformité technique, documentation, marquage CE) pèsent sur le fournisseur de l'outil, pas sur vous. Choisissez donc un éditeur capable de vous fournir sa documentation et sa notice d'utilisation.
Que faire dès maintenant
Décembre 2027 paraît loin. Mais les obligations d'information et de contrôle humain existent déjà, et changer d'outil prend du temps :
- recensez les outils de recrutement qui contiennent de l'IA : logiciel de gestion des candidatures, plateforme de diffusion d'offres, outil d'entretien vidéo ;
- demandez à chaque éditeur s'il considère son outil comme « à haut risque » et comment il prépare sa conformité ;
- désactivez toute fonction d'analyse des émotions ou de « personnalité » à partir de la voix ou du visage ;
- ajoutez une mention dans vos offres et vos accusés de réception (texte à copier ci-dessous) ;
- désignez les personnes qui valideront les décisions, et formez-les ;
- à partir de 50 salariés, prévoyez l'information et la consultation du CSE.
« Nous utilisons un outil d'aide au tri des candidatures. Chaque candidature est examinée par une personne de notre équipe avant toute décision. »
Ce que vous pouvez faire dès cette semaine
- Lister les outils de recrutement que vous utilisez et repérer ceux qui contiennent de l'IA.
- Vérifier qu'aucun n'analyse les émotions ou la « personnalité » des candidats à partir de leur visage ou de leur voix.
- Ajouter une mention d'information dans vos offres d'emploi et vos accusés de réception.
- Écrire noir sur blanc qu'aucun candidat n'est écarté sans examen par une personne.
- Demander à vos éditeurs comment ils préparent l'échéance du 2 décembre 2027.
Sources
- AI Act, article 26 « Obligations des déployeurs de systèmes d'IA à haut risque » (AI Act Service Desk, Commission européenne)https://ai-act-service-desk.ec.europa.eu/en/ai-act/article-26
- AI Act, article 5 « Pratiques interdites »https://ai-act-service-desk.ec.europa.eu/en/ai-act/article-5
- Règlement (UE) 2026/1744, dit « omnibus numérique sur l'IA », qui reporte l'application aux systèmes de l'annexe III au 2 décembre 2027 (EUR-Lex)https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32026R1744
- RGPD, articles 22 (décision individuelle automatisée) et 35 (analyse d'impact) (EUR-Lex)https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A32016R0679
- Code du travail, articles L. 1221-6, L. 1221-8 et L. 1221-9 (recrutement) et L. 1132-1 (non-discrimination)
Historique des mises à jour
- · Première publication
Cet article donne un premier éclairage et ne constitue pas un conseil juridique.
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Être rappeléQuestions fréquentes
- Puis-je utiliser ChatGPT ou Copilot pour résumer des CV ?
- Oui, avec un outil professionnel validé, en prévenant les candidats, et à condition qu'une personne lise les candidatures et décide. Les CV contiennent des données personnelles : un compte gratuit grand public n'est pas adapté.
- Un candidat peut-il refuser que sa candidature soit traitée par une IA ?
- Il peut s'opposer à une décision entièrement automatisée et demander qu'une personne examine son dossier. Si une personne examine déjà chaque candidature, il faut surtout l'en informer clairement.
- Faut-il une analyse d'impact sur les droits fondamentaux ?
- Cette analyse prévue par l'AI Act (article 27) vise surtout les organismes publics et certains secteurs comme le crédit ou l'assurance. Une TPE ou une PME qui recrute n'est en général pas concernée, mais l'analyse d'impact du RGPD peut l'être.
- Que risque-t-on en cas de manquement ?
- À partir de décembre 2027, le non-respect des obligations du déployeur est passible d'amendes pouvant atteindre 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires, le plus bas des deux pour une PME (TPE incluses). Dès aujourd'hui, une discrimination à l'embauche reste un délit.
Lire aussi : AI Act : que doit faire une TPE ou une PME, concrètement ?